LIBÉRATION DU SECTEUR DE TRÉGUIER
DU 6 AU 15 AOÛT 1944



relevé aux Archives départementales
de Saint-Brieuc



La libération du Trégor se situe début août 1944 au lendemain de la fameuse "percée d'Avranches" qui permit aux troupes Américaines de pénétrer en Bretagne.
Le vent libérateur souffla sur notre campagne où parfois les clochers sonnent à la barbe de l'occupant.
Si la libération de Lannion et de la campagne alentour ne posa pas de problèmes majeurs, pour Tréguier, il fallut l'aide des troupes Américaines.

dimanche 6 août 1944
Ce jour-là le puissant maquis de Plouisy réussit un premier raid sur la ville et ramène en Argoat du matériel et une vingtaine de prisonniers russes en rébellion contre les allemands. Ceux-ci allaient quitter la région vraisemblablement pour Brest, lorsqu'ils furent attaqués à Pont-Morvan près de Trézélan, par la compagnie "Porchou" de Bégard, et la colonne ennemie réintégra Tréguier le soir même.
Les allemands cantonnaient au Gollot qui ce même dimanche d'août, fut la cible d'un bombardement faisant cinq morts et plusieurs blessés seront retirés des décombres.

du lundi 7 août 1944 au vendredi 11 août 1944
C'est l'abattement et l'angoisse.

samedi 12 août 1944
Commence le second épisode de la libération de la ville. Dans la matinée la compagnie "PORCHOU" de Bégard forte de 150 hommes, stationne sur les hauteurs de Saint-Michel où elle retrouve 80 FFI de Tréguier, commandés par le Lieutenant LE BLOUCH et son adjoint Yves MOREAU.
François TASSEL le commandant GILBERT et Corentin ANDRE le capitaine MAURICE rejoignent également Tréguier ce même jour, avec leurs maquisards des secteurs de La Roche-Derrien, Lannion et Perros-Guirec. Tous progressent vers la place de la cathédrale, atteinte apparemment sans résistance.
Reste à réduire la garnison du Gollot, située en pleine ville et bien défendue. Concertation alors des chefs des patriotes qui décident de solliciter la reddition des allemands. Le capitaine MAURICE est chargé de cette délicate mission. Yves MOREAU conduit la voiture et le lieutenant LE BLOUCH avec son fusil mitrailleur est chargé de couvrir MAURICE. Celui-ci a une simple feuille de papier en guise de drapeau blanc. Aujourd'hui il nous raconte cette anecdote avec le sourire, mais ce jour là, l'instant revêtait une extrême gravité. Précisons aussi que quelques uniformes kakis de l'armée des Forces Françaises Libres ayant été parachutées pour les maquis, les officiers disposaient de tenues militaires. Le capitaine MAURICE nous relate aussi l'entrevue :
Nous descendons vers les quais, j'agite mon drapeau blanc en vue du Gollot. Je descends et continue seul à pied. Une sentinelle me fait signe d'approcher. J'entre au Gollot et je suis en présence d'un feldwebel, je lui donne ma parole qu'ils seront traités correctement. Me prenant pour un officier allié, ils acceptent de se rendre et déposent leurs armes, je les fais mettre en rang.
Tréguier était en principe libéré.
Mais, les maquisards, inquiets de la longueur des palabres, descendent à leur tour vers le Gollot, ils sont en civil et pour les occupants ce sont des "terroristes".
Un allemand pris de panique ou d'un sursaut de devoir, téléphone à une autre unité pour donner l'alerte. Les prisonniers allemands sont malgré tout acheminés vers Lannion.
Le chanoine LAINÉ fait sonner les cloches de la Cathédrale : plus aucun allemand occupe la ville.
Mais le fameux coup de téléphone aura des suites : vers 18 h 30, une colonne allemande d'environ une soixante d'hommes dévale silencieusement vers le pont Canada.
Une fusillade de trente minutes éclate entre ces allemands et les FFI du Capitaine PORCHOU installés sur les quais. De obus se mettent à tomber, causant quelques morts parmi la population.
On parlemente sur le pont routier. L'officier allemand refuse la reddition et déclare même qu'il continuera le bombardement si la ville n'est pas évacuée immédiatement par les Résistants. Il promet néanmoins qu'il ne pratiquera pas de représailles. PORCHOU fait replier les FFI.
Trèguier n'est plus occupé par personne. Chez les civils, c'est l'angoisse et l'exode.

dimanche 13 août 1944
Les allemands, plus menaçants que jamais occupent de nouveau la ville. Deux compagnies FFI sont demeurées sur les hauteurs sud de la ville. Elles accueillent avec satisfaction l'annonce de la mise à la disposition du colonel PASSY et de l'état major départemental FFI d'un petit groupement tactique Américain de la "Fash Force Earnest". Celui-ci s'installe au Chef-du-Bois, à Pommerit-Jaudy, et occupe les principaux points stratégiques du secteur.

lundi 14 août 1944
Le 14 août, la kommandantur annonce, vers 13 h, qu'on va fouiller les maisons pour y rechercher des armes. Vers 14 h, des crépitements se font entendre. Vers 16 h, on entend des avions survoler la ville. Une vingtaine de bombes sont lâchées.
Les Américains et sept compagnies de FFI (2000 patriotes venus de tous les maquis du Trégor) convergent vers Tréguier, dès le début de l'après-midi. Les tanks US pulvérisent les défenses, tandis que le FFI submergent les troupes allemandes.
L'opération fera une victime dans les rangs des libérateurs ; un soldat Américain tué sur la route de La Roche-Derrien, dont le sacrifice est immortalisé par une stèle avenue des Etats de Bretagne.
Tréguier est de nouveau vidé des troupes ennemies qui se sont retranchées sur la rive droite du Jaudy. Il faut encore s'en méfier. Le pont routier vers Lézardrieux est détruit à l'explosif par le génie Américain qui mine aussi le pont de chemin de fer. Le colonel PASSY informe MAURICE du départ du groupement tactique US vers Pommerit-Jaudy et lui confie le commandement du dispositif et des sept compagnies FFI.
Pour la troisième fois, on sort les drapeaux et on sonne les cloches.
Les 150 allemands faits prisonniers sont éloignés de la ville sous les huées des rares Trégorrois restés chez eux.

mardi 15 août 1944
Le 15 août, aux premières heures du jour, les 300 allemands installés à Trédarzec se manifestent entre 8 h et 10 h. Ce sont des échanges d'artillerie. Le chef FFI a confirmation de l'ordre de faire sauter le deuxième pont qui s'effondre aux environs de 10 h. L'ennemi se replie et la progression vers Lézardrieux s'amorce pour les FFI.
Tréguier est cette définitivement libéré.

Formations ayant participé à la libération de Tréguier :
- Compagnie FTP de Tréguier.
- Groupe du Front National de Tréguier.
- Compagnie FTP " PORCHOU " de Bégard.
- Compagnie FTP " Roger BARBE " de Lannion.
- Compagnie FTP " HASCOUET " de Perros-Guirec.
- Compagnie FTP " JEF " de Pontrieux.
- Compagnie FTP " LE GALLOU " de Plouisy.
- Compagnie FTP " La MARSEILLAISE " de Plouaret.
- Section Kommando du 2ème RCP ( parachutistes ).
- Escadron blindé US du détachement "Earnest" de l'armée PATTON.


relevé aux Archives Départementales
de Saint-Brieuc
Date et résultats des escarmouches entre les patriotes, les américains et les troupes Allemandes.
samedi 12 août 1944
Un convoi composé de 4 camions et d'une voiture de tourisme et venant de Lézardrieux traversent la commune en direction de Tréguier, ils se disposaient à franchir le pont Canada limité de la commune avec Tréguier, quelques coups feux tirés de l'autre côté de la rive les firent reculer, ils se camouflèrent dans le tournant le plus voisin du pont.
Après un moment les patriotes s'avancent sur le pont avec un drapeau blanc voulant parlementer. Les Allemands de leur côté s'avancent, après un pourparler de quelques minutes dans lequel les patriotes demandaient aux Allemands de se rendre, ceux-ci répondirent que telle n'était pas leur intention, et qu'à leur tour ils les sommaient de se retirer sans quoi ils allaient revenir avec un bataillon de renfort et qu'ils anéantiraient la ville.
Il s'en suivi un feu nourri de part et d'autre, sans résultat, après une demie heure de lutte les Allemands se retirèrent, tout en continuant de tirer de leur camion avec leurs mitrailleuses sur un parcours d'environ 3 km.

dimanche 13 août 1944
A la pointe du jour les Allemands réapparaissaient à nouveau en force et armés de quelques pièces d'artillerie, ils prennent position dans les crêtes de Crec'h-Erustal et Ursumel qui dominent Tréguier.
Après avoir sondé les alentours, aucun obstacle n'étant en vue sur l'autre rive, ils hasardent une patrouille sur le pont qu'ils passent sans encombre, toute la colonne descend sur Tréguier par la suite.
Les patriotes qui étaient du maquis de Bégard et de Plouaret accompagnés de quelques résistants de Tréguier ne se trouvant pas en nombre pour subir une forte attaque et démunis d'artillerie s'étaient retirés pendant la nuit.
Les Allemands prenant 5 otages sans faire de mal à la ville décidèrent de faire une incursion sur la côte, poussèrent jusqu'à Perros-Guirec, n'ayant trouvé aucune résistance en retournant ils lâchèrent leurs otages.

lundi 14 août 1944
Jour de la délivrance de Tréguier par les patriotes et américains, les avions américains survolant les ponts de Tréguier manquèrent leur but et loupèrent leurs buts et causèrent de très sérieux dégâts sur le territoire de la commune ou la chute d'une douzaine de bombes fut enregistrée sans toutefois qu'il y eu de blessé.
Dans la soirée vers les 18 h les riverains de Trédarzec assistèrent avec joie à la prise du dernier point de résistance des Allemands de Tréguier par les tanks américains, accompagnés des patriotes de toute la région trégorroise, le point de résistance était la propriété de VilleNeuve ancien dépôt de Lagaste où une soixantaine de boches étaient réfugiés.
La reddition ne se fit pas attendre après dix minutes de tirs nous vîmes arborer le drapeau blanc et le défilé des prisonniers commence, la ville était définitivement libérée vers 21 h nous attendîmes une forte explosion c'était le grand pont Canada reliant Trédarzec qui sautait, les alliés craignant une attaque des Allemands stationnés encore en force à Lézardrieux n'eut lieu dans la nuit après cette précaution, Lézardrieux se trouvant seulement à 8 km de Tréguier cette précaution ne fut pas superflue.

mardi 15 août 1944
A l'aube les habitants du bourg de Trédarzec virent descendre sur Tréguier un grand convoi composé de camions, voitures, touristes, compagnies de cyclistes et de pièces d'artillerie depuis le bourg de Pleumeur-Gautier distant de Tréguier de 6 km les Allemands méfiants ne s'avançaient qu'avec prudence une fois le bourg de Trédarzec passé, abandonnant la grand route, il prirent les petits chemins détournés qui conduisent en face Tréguier, ils ne furent pas longtemps à distinguer les tanks et les blindés américains en face d'eux sur les quais et ouvrirent sur eux et sur la ville un feu nourri.
Les alliés alerte se mirent vite en position et la lutte commence par dessus du Jaudy, ils se trouvaient à 3 à 400 mètres de distance le combat dura environ 4 h.
Le résultat fut le suivant, du côté des alliés un blessé du côté des Allemands un canon démoli et les artilleurs environnants ou tués ou blessés les Allemands s'en allèrent emportant leurs victimes en camion, un vieillard fut tué net par une balle perdue.
Un stationnement de quelques de minutes que les Allemands firent dans le bourg au retour ne causa pas de dégâts, ils essayèrent de rentrer à la mairie mais celle-ci était fermée et ils n'insistèrent pas.
A 14 h, les FFI les premiers entrèrent au bourg, suivis des américains avec leurs blindés, la population enthousiasmée les acclamaient et chacun avec un groupe de maquisards ou d'américains rentrèrent chez eux les recevant de leur mieux, ce fut la fête jusqu'au soir où les patriotes partirent à nouveau s'approchant de Lézardrieux préparant l'attaque pour le lendemain.
Les américains patrouillèrent avec les gars de la commune pour s'assurer du dégagement complet de celle-ci et partirent à leur tour le 16 au matin pour Lézardrieux sauf quelques éléments qui restèrent pour recevoir et garder les prisonniers qui pourraient être refoulés vers notre commune, ceux-ci commencèrent à arriver vers les 10 h et restèrent au milieu d'un champ loin de la foule qui ne cessait de les invectiver jusqu'à ce qu'il y eut la contenance d'un camion pour leur départ vers une destination qui nous était inconnue.

mercredi 17 août 1944

les alliés partirent définitivement, depuis la veille au soir la garnison de Lézardrieux avait capitulé nous étions enfin délivré de l'oppression nazie.

Fait à Trédarzec le 24 octobre 1944, le maire PERROT.



célébration de la Libération
du secteur de Tréguier

une compagnie de FTPF
lors des jours qui précédèrent la libération de Tréguier


défilé après le 14 août 1944, devant la cathédrale de Tréguier,
une compagnie de FTPF


défilé après le 14 août 1944, devant la cathédrale de Tréguier,
la compagnie Roger Barbé avec Yves-Marie GALLOU porte drapeau